Poésie et lecture : Keltoum Staali

Basson à pédales et machines : Stéphane Coutable

Fleur bleue

Sans préméditation je t’ai attribué cette couleur.

Je pense à toi à contrecoeur et l’obscurité métallique de tes yeux glace mon sang.

Le compagnonnage est long comme cet horizon  qui pose sur la mer son trait immuable.

Je pense à toi contre mon cœur.

Je voudrais oublier la froidure de ton regard qui perpétue l’éreintement.

Au-delà, l’océan romanesque et ses fleurs bleues à poètes.

Dans les rues en dédale j’égrène mes rêves.

 Ma mémoire handicapée tente le retour dans le passé.

Exil crâneur. Je m’y perds et n’ai qu’une hâte. Retrouver le chemin de la mer, où se jettent

toutes les rues même dans les cauchemars itératifs.

Lorsque la pluie me surprend, je me réfugie sous un porche et les poèmes anciens

reviennent à peau de miroir.

 Avec eux la pluie se transforme en grêle et l’orage en fête lyrique.

Nous marchions sur le front de la mer.

Les rues alambiquées aux fenêtres éteintes entraînaient nos pas ailleurs.

 Des enfants aux pieds nus jouaient sur les pavés luisants.

Les poèmes de silence déferlaient sur la mer songeuse.

Au prochain livre je te les lirai.

Des bellâtres croisés m’arrachèrent des rires.

Alger Alger Alger, chante l’euphorie à voix de sel.

As-tu oublié nos blues et nos dialogues tandis qu’un vent amer menace la parole.

Seule la poésie est autorisée.